May Arida a été l’âme du Festival de Baalbeck. Elle l’a incarné pendant les quarante années de sa présidence. Elle lui a consacré le meilleur de sa vie. Il était sa vie. Sa force de caractère, son énergie, sa détermination, sa persévérance, son infinie patience ont vaincu tous les obstacles et résolu tous les problèmes. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, elle les a mis au service d’un idéal artistique, d’un haut lieu de la culture, d’une épopée de légende. Le Festival de Baalbeck lui doit beaucoup. Soucieuse de l’ensemble et du détail, perfectionniste, elle ne laissait rien passer. Elle veillait sur tout depuis la programmation artistique jusqu’à la moindre disposition technique.

En période de Festival, elle se rendait pratiquement tous les jours à Baalbeck, tant pour les répétitions que pour les concerts et spectacles. C’était épuisant, mais elle assumait et elle se retrouvait fraîche et belle au premier rang dans sa magnifique abaya verte quand retentissait l’appel annonçant le lever de rideau.

May Arida avait beaucoup d’assurance. Elle traitait à égalité avec les Von Karajan, Rostropovitch, Béjart, les plus grands et les gardiens de l’Acropole. Elle avait de l’autorité. Elle était respectée.

Après les années de guerre, la paix retrouvée, elle a su reprendre le Festival et lui redonner tout son éclat et son prestige international. Son nom sera pour toujours attaché à ces temples dont les dieux viennent de l’accueillir. Après une vie qu’elle leur a dédiée, qu’elle repose en paix. Adieu, May.

Wagih Ghossoub

(Directeur général du Festival de Baalbeck durant les vingt premières années)